Samedi 30 mai 1789

Nous eûmes un temps superbe et les vents à l’est-sud-est. Dans cette après-midi je détachai diverses bandes de nos gens pour ramasser des huîtres qui, jointes aux choux palmistes, nous fournirent un bon ragoût pour notre souper ; chacun en reçut une bonne mesure de trois quarts de pinte. Je ne voulus point ajouter de biscuit à cette distribution ; je préférai le réserver pour l’avenir, cette principale base de notre subsistance et je représentai à cet effet à mon monde que nos besoins pouvaient redevenir très pressants.

Nous nous séparâmes en deux bandes, comme la veille pour passer la nuit, les uns dans la chaloupe et les autres à terre ; j’étais de ces derniers, et nous allumâmes un bon feu. Le matin, chacun me parut changé en mieux ; je les renvoyai à la recherche des huîtres.

Il ne me restait plus que deux livres de cochon salé ; je n’avais pu tenir cet article fermé à clef, comme le biscuit ; quelque indiscret en avait fait un usage illicite ; mais personne ne voulut avouer. Je résolus d’éviter un pareil inconvénient pour l’avenir, en partageant à notre dîner ce qui nous restait de cette viande. Pendant qu’on ramassait des huîtres, je mis la chaloupe en état de reprendre la mer ; je fis remplir d’eau toutes nos futailles, ce qui faisait en tout à peu près cinquante-deux ou trois pintes, mesure de Paris.

Les chercheurs d’huîtres étant revenus, on servit le dîner bientôt après, et chacun eut une portion aussi bonne que celle du souper, car ils eurent avec le cochon salé, une ration de biscuit.

J’étais déterminé à continuer notre route sans délai ; et comme il n’était pas encore midi, je dis à tout le monde de faire tout ce qu’ils pourraient pour ramasser une quantité d’huîtres pour notre provision de mer, parce que j’étais décidé à repartir cette même après-midi.

À midi, j’observai encore 2° 39′ de latitude sud. Il était alors pleine mer ; l’eau avait monté de trois pieds mais je n’avais pu m’assurer de la direction du flot. J’en conclus que le moment de la pleine mer, les jours de lunaisons, est à sept heures dix minutes du matin.

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A propos de Franck 65 Articles
Passionné par l'histoire et travaillant dans le domaine des nouvelles technologie depuis plus de 10 ans est l'auteur du site www.e-chronologie.org, présent sur Internet depuis janvier 2001.